Des dizaines d’officiers supérieurs des FARDC auraient été arrêtés, extorqués et humiliés par le Coordonnateur de la sécurité interne à la présidence. Le rapport du chercheur Justino Tshibo Kalambayi dresse un tableau glaçant.
Ils portaient les étoiles et les galons des Forces armées de la République démocratique du Congo. Certains ont tout perdu : leurs économies, leurs biens, leur liberté. Les autres sont morts. C’est le tableau que dresse Justino Tshibo Kalambayi, chercheur indépendant, dans un rapport circonstancié consacré aux méthodes qu’il attribue à Jacques Tshibanda Tshisekedi, frère cadet du Président Félix-Antoine Tshisekedi et Coordonnateur de la sécurité interne à la présidence congolaise depuis novembre 2022.
Selon ce document, l’institution militaire congolaise aurait été transformée en terrain de chasse pour un système d’extorsion systématique, ciblant préférentiellement les officiers issus du Katanga ou des provinces swahilophones.
Des Généraux dépouillés de leurs fortunes
Le rapport cite le Général John Tshibangu, qui aurait versé 20 millions de dollars en espèces et virements vers un compte lié à Jacques Tshibanda Tshisekedi, en plus de deux maisons dans la commune de la Gombe. Le Général Tshiwewe aurait déboursé plus de 15 millions de dollars, accusé d’avoir bénéficié de commissions sur des marchés d’armement. Le Général Frank Biamunda, malgré la protection présumée d’une personnalité influente, aurait finalement cédé 25 millions de dollars pour recouvrer sa liberté.
« Le Général Mundos a été envoyé au front au Sud-Kivu et devrait faire des rétrocessions à monsieur Jacques Tshisekedi. Une fois ayant refusé parce que coincé et dans l’incapacité de le faire, il a été arrêté, ainsi que ses collaborateurs, pour détournement des fonds et haute trahison », précise le Rapport de Justino Tshibo Kalambayi.
Un colonel piégé, emprisonné, mort
Le cas le plus tragique est celui du colonel Embole, officier affecté aux opérations à la DEMIAP (Direction des renseignements militaires et d’action psychologique). Selon le rapport, il aurait été attiré au pays via l’Éthiopie par un stratagème, puis immédiatement conduit à la prison militaire de Ndolo à son arrivée. Pour retrouver la liberté, Jacques Tshibanda Tshisekedi lui aurait réclamé 1,5 million de dollars et la cession de sa villa en commune de la Gombe. Ne pouvant satisfaire ces exigences, le colonel Embole a rendu l’âme sous la pression.
D’autres officiers sont cités dans le rapport : John Kabila, Justin Ndoki, Maurice Nyembo, Philémon Yav, et le Général Simplice, décédé à la prison de Ndolo. Le chercheur mentionne également le Général Christian Ndaywel, maintenu en détention car « il connaît trop de secrets », et qui ne survivrait que grâce à l’influence de son père, le professeur Ndaywel.
Les leaders swahiliphones en général, et surtout les Katangais sont la cible privilégiée. À toute cette liste, s’ajoutent plusieurs leaders d’opinion katangais dont Raphaël Mututa, Martin Mulang décédé à Ndolo, et le professeur Kiboko, arrêté pour le seul fait qu’il ait chanté en Kilubakat. Même le fils de Baba Kyungu n’a pas été épargné. Il a été arrêté dans un « nganda » de sa maman, ainsi que tous ceux qui étaient sur place en train de prendre leur bière.
Les mines du Kivu, autre terrain d’enrichissement allégué
Le rapport évoque également l’affaire Mwangachuchu, homme politique arrêté en lien avec sa mine de Rubaya, au Nord-Kivu. Justino Tshibo Kalambayi affirme que des minerais auraient été acheminés vers le Rwanda via des hommes de main liés à Jacques Tshibanda Tshisekedi, jusqu’à ce que l’AFC/M23 reprenne le contrôle du site. Plusieurs officiers du Nord et du Sud-Kivu ont été arrêtés en représailles pour avoir « perdu le contrôle » de ces ressources minières.
Ces révélations décrivent une militarisation de la prédation économique qui touche le cœur même de l’institution de défense congolaise, dans un contexte de guerre à l’Est du pays.
Toutes nos tentatives pour joindre l’incriminée ont été sans succès.
La Rédaction